Les élèves me redonnent foi en l’humanité

Bonne rentrée à tous !
Ah, on me souffle dans l’oreillette que ça fait un mois qu’on a repris dans l’éduc nat… Qu’à cela ne tienne !

Cette année encore, j’ai l’occasion de remplacer quelques jours par semaine ma collègue dans le collège de la choupitude. Et vous savez quoi ? Je suis trop contente ! J’étais tellement heureuse d’y retourner que le jour de la rentrée, quand les élèves sont arrivés tout bronzés au C.D.I. en me racontant leurs vacances, je n’arrivais pas à arrêter de sourire comme une demeurée. J’ai même esquissé quelques pas de danse sautillante quand ils sont allés en cours (parce qu’avant je pouvais pas trop vu qu’ils étaient là, vous suivez ? L’autorité et le respect, tout ça…). Bon, depuis je suis redevenue une prof cliché, j’ai sommeil et parfois j’ai un peu envie d’étrangler certains élèves. Mais tout de même, je suis heureuse d’être ici et de faire ce métier. Lire, faire lire, troller les élèves sur leurs compétences informatiques, troller les élèves tout court, monter des projets en les imaginant enthousiastes, être encore plus enthousiaste en me rendant compte que ça en intéresse vaguement une dizaine… Bref, la vie quotidienne d’un professeur documentaliste !

Aujourd’hui je reviens vers vous sur la demande incessante de ma plus fidèle lectrice (ma maman) pour vous raconter comment travailler avec des élèves peut nous redonner foi en l’humanité au travers de quelques anecdotes truculentes ! (C’était le mot du jour)

Quelques jours après la reprise, pendant une heure pleine d’élèves installés sur les fauteuils, je vois un petit groupe de garçon autour d’un copain en train de lire. Je les entends rire, d’abord doucement, puis aux éclats. Je ne m’interroge pas outre mesure, ils ont dû tomber sur un record stupide du genre « l’homme qui a produit le plus de morve en se mouchant une seule fois » (j’espère vraiment que ce record n’existe pas). Mais encore 10 minutes après ils continuent à rire très fort. Intriguée, je me lève, fait le tour de mon immense bureau et vais les voir. En réalité, ils lisaient « Pas mon genre« , de Yatuu ; une bande dessinée que j’ai choisis pour une élève que j’ai longtemps pris pour un élève, mais aussi en pensant à toutes les filles qui ne rentraient pas dans le moule classique de la féminité. Et là, mes six gaillards de 5ème, du genre à adorer le rugby et faire semblant de se taper dessus étaient écroulés sur une des bd les plus revendicatrices de libération du genre ! Comme quoi, on évolue… Ces gamins, demain, ce seront des adultes formidables, j’en ai la complète conviction 🙂 Et j’ai le plaisir de pouvoir rajouter que depuis, cet album sort tout le temps : filles, garçons, tous les âges l’empruntent !

Mais déconstruisons un peu plus de clichés, parce que ça me met en joie ! La semaine dernière je couvrais tranquillement des livres pendant une heure creuse (comprendre sans élèves) en regardant des émissions de la boite aux curiosités, quand je vois arriver quatre filles. Leur professeur d’histoire géo les envoyaient chercher des images de château à imprimer. Je les installe devant l’ordinateur, et elle se mette à rechercher d’abord quelques images classiques de château fort, puis à s’invectiver pour trouver des images de batailles, avec l’huile bouillante et les catapultes… Bon. Elles trouvent, impriment 4 images et s’en vont. Sur ce, arrivent 3 garçons de leur cours d’italien qui doivent choisir des images pour créer un jeu de carte. Ils ont le choix des personnages. Finalement, après une discussion, ils se mettent d’accord pour choisir une image de zèbre et choisissent celle là en s’attendrissant sur son côté « trop mignon », allant jusqu’à me prendre à parti sur la mignonitude du zèbre. Quand je vous dit que les choses changent. Dans ces moment là j’ai envie d’aller embrasser leurs professeurs de primaire et leurs parents pour les remercier de leur manière d’élever (dans tous les sens du terme) ces enfants.

Bien sûr que j’ai toujours les groupes de commères qui disent que machine s’est trop mal habillée et que bidule n’est plus amoureuse de truc parce qu’il avait de la salade coincée entre les dents (ou autre motif de rupture valable à 12 ans). Bien sûr, ce sont toujours les garçons qui mobilisent le plus souvent la parole, et qui font semblant de se taper. Et c’est normal, c’est la construction identitaire et c’est important, essentiel. Là où je suis heureuse, c’est quand je vois que petit à petit, la binarité fille = rose = poupée = douceur et garçon = bleu = voiture = force est en train de disparaitre, et que nos élèves deviennent des êtres humains riches, complexes, capables d’empathie. Ils brisent, avec l’aide d’adultes bienveillants et attentifs, et parfois sans aucune aide, les carcans du genre. Et ça c’est beau !

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Ouran High School Host Club, un manga où l’héroïne n’a aucune conscience d’être une fille 😀

 

Lire à voix haute

lire à voix haute

Ce matin, j’ai fait la lecture à des quatrième. Je leur ai lu des morceaux du deuxième roman d’un auteur qui viendra nous visiter jeudi. Je ne sais pas encore bien m’y prendre, mais en grande amoureuse de Daniel Pennac, j’ai commencé par leur dire qu’ils avaient le droit de s’installer confortablement sur leur table et leur chaise, et même de n’écouter que d’une oreille, mais qu’il fallait de leur part un silence total pour laisser une chance à l’histoire de trouver une place dans leur esprit. Leur professeur de français a eu la brillante idée de leur faire ranger toutes leurs affaires pour qu’ils arrêtent de jouer avec leurs trousses.

Après je me suis installée sur mon bureau, en tailleur. Je les ai regardé, leurs visages un peu blasés, l’air de dire « on n’est plus des bébés ». D’autres étaient attentifs. Certains s’étaient complètement affalés sur leur table, pull calé sous la tête comme coussin. Silencieux. Satisfaite, je pris ma respiration et commençait.

Au début j’ai lu sans les regarder. Je me concentrais sur ma bouche. Sur mes lèvres. Sur les mots. Pour qu’ils aient du sens ailleurs que dans ma tête. Et doucement, l’histoire s’est mise à couler. Je la faisais trébucher, parfois, mais dans l’ensemble ça allait. Au fur à mesure que je lisais, mes mains s’agitaient, mes sourcils se fronçaient. Je jouais le livre.

Et puis j’ai réalisé ce que j’étais en train de faire. Je lisais un livres à des adolescents, comme Daniel dans Comme un roman. Je commençais à lever les yeux sur les élèves. Hormis quelques uns qui continuaient à somnoler, la plupart écoutaient. Les yeux dans le vague, une jouait avec les cheveux de sa copine, un autre avec ses doigts. Leur professeur regardait par la fenêtre. C’était un joli instant.

Un passage drôle, ils rient. Un passage triste, ils soupirent. Moment d’empathie total, et sans s’en rendre compte, ils sont ensembles. Ces élèves qui, en temps normal, sont embourbés dans des guerres de clans, se retrouvent à ressentir des choses similaires, chacun avec leur sensibilité.

Et puis voilà que l’attention se crispe ; je devine un début d’impatience. C’est drôle comme le silence et l’attention permettent de créer des connections invisibles. Je finis mon chapitre. Leur professeur leur dit qu’on s’arrête là et leur donne les consignes pour la suite de la séance. J’entends une élève chuchoter « oh non, j’étais vraiment dans l’histoire là ».

La prochaine fois je lirais un peu plus loin…

Une journée normale au C.D.I. … Part.1

8h00 pétante 8h06 : J’ouvre le C.D.I. et fais rentrer les trois élèves qui attendent devant. Le matin, entre 8h et 8h30 il n’y a pas de cours et les élèves en profitent pour venir relire leurs devoirs au calme au C.D.I. ou se détendre calmement avec un bon livre. Bon, ça c’est pour la théorie et les rapports d’inspecteurs. En vrai ils viennent dormir sur les canapés ou sauter partout.

8h15 : « COUCOOOOOOOU !!! » Ah. Lilia est arrivée. Comme tous les matins, je réponds : « COUCOOOOU ! ».
Naturellement elle enchaine : »Madame, vous avez fini de couvrir « La face cachée de Margo » ??? »
« Non, je l’ai reçu lundi, là j’ai tout juste fini de l’enregistrer informatiquement et d’y coller la cote et le code barre. »
« Mais vous m’aviez dit que ce serait bon jeudi ?!!! »
« Oui. Mais je n’ai pas dit « jeudi à 8h du matin au moment où tu arrives » ! »
« Madame, vous trahissez ma confiance… »
« Et j’en suis très peinée. Va t’assoir maintenant. »

8h17 : Sandra arrive avec trois livres sous le bras. Dont « Les carnets de Cerise T.1 » qu’elle m’avait juré ses grands dieux qu’elle l’avait rendu mardi sans faute.
« Ah, bah finalement il était chez toi ! Ouf ! J’ai cru l’avoir perdu pour toujours ! »
« Ouais… »
« Je l’entendais pleurer dans la nuit « maman, on m’a abandonné » ! »
« … »
« Hm, bon… c’est bon, tout est rendu ! »
« D’accord, au revoir madame. »

J’oubliais… Les adultes ne sont pas faits pour être drôles. Diantre…

8h20 : « Madame ! J’ai oublié mon carnet ! »
« Madame ! Je vais prendre les deux dreamland, c’est trop bien ! »
« Madame ! Moi d’abord, je voudrais prendre le livre sur les secrets ! Y’a un passage sur les garçons…  » *gloussement hystérique*
« Madame ! Mettez un marque page dans la bd avant de me la prêter ! »

8h30 : ça sonne, je n’ai eu le temps que d’allumer BCDI (mon logiciel de gestion des documents)… Je reprends ma respiration.

8h35 : La secrétaire arrive pour me rendre les clefs du CDI : je lui offre un cannelé.
8h36 : La chef arrive me serrer la main : je lui offre un cannelé. Comment ça se fait qu’ils sachent tous que c’est intéressant de venir me voir ce matin ?

8h40 : Je me mets enfin au travail. Les 15 élèves qui sont venus de permanence sont calmes. J’en profite pour mettre au propre quelques notices des livres neufs de lundi. Il me tarde de les proposer aux élèves ! J’ai pris deux livres sur les jeux vidéos qui sont vraiment bien, je pense que ça va leur plaire. Ils sont très beaux, et même s’ils sont un peu compliqués à lire, je vois déjà les élèves s’amasser autour pour commenter les images et se raconter leurs histories de jeux. Pour moi, ce genre de livres sert essentiellement à créer du lien, et pour les plus joueurs, à engranger quelques connaissances supplémentaires. Allez, encore 36 notices à corriger…

8h52 : En tendant l’oreille j’entends les garçons devant moi « Moi j’adorerais avoir les yeux bleus clairs comme Bryan ! » « Ouais, comme moi aussi. » « T’as pas les yeux bleus clairs, qu’est ce que tu racontes ?! ». Je souris intérieurement et je retourne au résumé de « Time Rider ».

9h30 : La classe de 4ème qui participe à un concours de lecture arrive ! Ils éliminent le livre que j’ai préféré parce qu’il est « trop long » et que « c’est tout le temps le même humour ». Je fais taire la lectrice en moi qui voudrait leur dire qu’ils ne sont rien d’autre que des singes habillés et qu’avec un sens de l’argumentation aussi développé, ils peuvent réfléchir à une carrière à TF1. Bien entendu pour le moment c’est le livre le plus court et le plus mal écrit qui gagne… Je…
En passant de table en table je me console. En discutant un peu avec eux (et en leur donnant suffisamment d’indices), ils arrivent à trouver des arguments intéressants et à développer leur réflexion. Bon, sauf le crétin qui dit « vas-y, ce livre c’est comme l’histoire de la sex-tape de Benzema, vas-y, écris ça ! ». Étrange comme on peut à la fois avoir envie de se trancher les veines avec une cuillère rouillée et d’étrangler quelqu’un. Mais je suis une professionnelle de l’éducation agissant de manière éthique et responsable (toujours), et je me contente de dire « En fait ça n’a rien à voir. Tu as lu le livre ou tu as juste tourné les pages pour voir si ça faisait du bruit ? ». Punchline de prof. Oui, j’ai autant de répartie qu’un gamin de 6ans.
La séance se passe bien, avec ma collègue on tombe d’accord pour dire que dans l’ensemble, ils sont prêts à passer au vote définitif.

10h30 : Pause. Cannelés. Recette griffonnée puis photocopiée 3 fois. Fin de la pause.

10h40 : Pas d’élèves ?! Parfait. Je me mets les Donjons de Naheulbeuk que je ne connais qu’à moitié par cœur. Peut être que je vais pouvoir finir ?…

12h06 : Je commence à couvrir « La face cachée de Margo ». Toujours pas d’élève, je vais pouvoir aller manger un peu plus tôt que d’habitude !

12h08 : 26 élèves de 6ème débarquent pour travailler leur exposé de SVT. C’était obligé. Le karma. Franchement, qui a besoin de trois gros quart d’heure pour manger quand on peut se contenter d’une petite demi heure ? Bon, c’est pas grave, je vais pouvoir continuer à couvrir mes nouveautés comme ça ! Allez, un bout de scotch…
« Madame, vous pouvez scanner cette image ? »
« Madame, mon ordinateur ne marche pas ! »
« Madame, mon travail a été effacé !!!! »
« Madame, comment on rajoute une image déjà ? »
« Madame, vous pouvez me passer le livre sur les hérissons ? »
« Madame, ça veut dire quoi « place dans la classification » ? »

Ok…

To be continued

Lire et faire lire

Ils sont devant nous, curieux pour la plupart, maussades ou vivement intéressés pour les autres. Leur professeur de français vient de leur présenter le projet de lecture : un prix littéraire qui récompensera un des cinq livres devant eux. « Qui peut me citer un prix littéraire connu ? ». L’un d’entre eux tente : « Les Césars ? ». Non. Goncourt, Renaudot, Femina, Angoulême… Inconnus. En même temps, on ne peut pas savoir ce qu’on n’a jamais appris n’est ce pas ? Et là, ils vont apprendre ce qu’est un prix littéraire de l’intérieur ! Vaste programme…

Moi je suis enthousiaste, j’ai bien sûr lu les cinq romans, et je les ai tous aimés, même si j’ai des préférences. Je suis impatiente d’en parler avec eux, de savoir ce qu’ils ont aimé, si les personnages les ont fait rire, s’ils ont été angoissés, tristes, étonnés, entrainés dans d’incontrôlables crises de fous rires. J’adore discuter avec eux, parler de livres, partager une histoire par des histoires… Mais ce n’est pas encore le moment ! Là je vais leur présenter les livres. Il faut déjà les faire taire, je prends une voix douce et basse :

« Je vais maintenant vous présenter ces romans. Plutôt que vous raconter l’histoire, au risque de vous spoiler l’intrigue, je vais plutôt vous lire le début de chaque. Mais il y a une condition, il faut que vous vous taisiez : lire ou écouter quelqu’un lire, c’est plonger dans une aventure, vous immerger dedans. Le moindre bruit rompt le charme et vous fera remonter à la réalité. Si vous parlez, j’arrête de lire ».

Silence

« Alors maintenant, par quel livre je commence ? »

L’un d’entre eux choisit. Je commence ma lecture… C’est un roman enjoué, avec une adolescente cynique et une mère fatiguée, des gros mots et des peines masquées. Comme j’ai la chance d’avoir des parents formidables qui m’ont beaucoup lu de livres et beaucoup inventé des aventures sur mesure, je sais qu’une histoire ne fait pas que se lire, elle se raconte. Il faut varier les temps, moduler sa voix, crier parfois, murmurer. Avec les sons, il faut créer une bulle et englober tous les élèves dedans. C’est presque palpable comme sensation, des élèves qui deviennent auditeurs et, pour un temps, tournent leurs émotions vers le même objet : un livre. Si jamais je dois m’arrêter, je sais que toute la classe grondera celui qui a fait du bruit, mais aujourd’hui ça n’arrive pas. Ils écoutent, rient, sont offusqués par les gros mots (quand ils en prononcent 40 pires dans une simple phrase de récréation). Je crie « maman tu me saoules ! » et à ce moment, je suis une jeune fille qui veut lire ses messages. Je chuchote « j’ai toujours eu peur » et je suis un petit garçon transi d’angoisse. Je m’exclame « je suis boudin de bronze cette année ! » et je suis vraiment une ado en pleine crise de cynisme. Et eux aussi deviennent Clara, Marcus ou Mireille…

Mais surtout je sens des résistances céder. Des « j’aime pas lire » devenir des « ça a l’air bien ! ». Ils finissent par se laisser bercer par les mots. Une complicité  se noue et quand vient le moment de choisir l’un des livres pour l’emmener à la maison, plus aucun élève ne pense à râler sur le fait qu’il n’aime pas lire, ou qu’il y a trop de travail, ou que pour les vacances ils ont autre chose à faire que se fader encore un roman pour un travail même pas noté ! Non, ils se jettent sur les romans comme des chercheurs d’or sur des pépites, et déjà ils en discutent.

Et vous savez ce qui m’a fait le plus plaisir ?
Ce sont les quatre garçons en plein dans leur phase « je suis hyper viril, regardez mes gros muscles » qui ont emprunté avec un sourire jusqu’aux oreilles un roman plutôt épais à la couverture rose fushia. Il n’y a pas de petites victoires 🙂

De l’art de lire en vacances

Tous les documentalistes vous le diront : les vacances, c’est le moment d’avancer un peu sur sa liste de lecture jeunesse. Bien bien bien. Pas trop ambitieuse pour ces vacances d’octobre (mes préférées !), j’avais prévu petit, 4 livres pas trop épais choisis pour un concours de lecture local :

Tous les héros s’appellent Phénix / Nastasia Rugani
Ses Griffes et ses crocs / Mathieu Robin
Eben ou les yeux de la nuit / Elise Fontenaille-N’Diaye
Vibrations / Raphaële Frier

Délicieuses vacances… On part chez une amie pour la première semaine ! Après une journée à chercher des cèpes qui se sont avérés être des bolets baies (on se disait aussi qu’en trouver 20 comme ça, les doigts dans le n… les feuilles, en chantant du abba c’était étonnant), j’attaque le soir venu « Ses griffes et ses crocs » ! Prise par l’histoire, pleine de compassion pour ce pauvre Marcus et ses multiples tocs, angoissant de plus en plus pour ces deux familles qui doivent composer avec des éléments fantastiques dans cette effrayante forêt, je finis le livre d’une traite ! Le lendemain j’entame Eben quand soudain… Je vois dans la bibliothèque que mon amie a tous les GTO ! Bon, je les ai lus au lycée… Je me dis « oh, je vais relire le 1er par nostalgie… ». Donc j’abandonne Eben et je commence ma lecture. GTO 1, 2, 3… Vous le devinez, je lis les 10 premiers en quelques jours. Eben pleurniche sur ma table de chevet, mais impitoyable je poursuis mes mangas sans m’en soucier davantage.

La deuxième semaine, je rentre chez moi et achève les 15 GTO restants (empruntés à ma super potesse 🙂 en 2 jours. Une autre amie arrive ! Pleine d’entrain pour lui faire visiter mon petit coin de paradis, je délaisse mes livres et l’emmène dans des ruines médiévales, en forêt, dans des châteaux… Et j’abandonne mes livres sur mon pauvre Rast qui commence à être un brin surchargé (doux euphémisme). Heureusement, une nuit je me réveille à 5h du matin (yay) et entame « Vibrations », parce que cet ado qui me braque avec un portable me fait un peu pitié. Écriture simple, histoire simple, roman court mais sympathique, je le tombe en 1h, pile le temps que mon amie se réveille (les insomniaques associées). Franchement, se lever avant 9h en vacances, c’est dur !

Mon amie finit par repartir, pour me consoler je commence « Tous les héros s’appellent Phénix » qui me happe littéralement. L’histoire de ces deux sœurs brillantes, et de leur famille pas à la hauteur jusqu’à l’horreur me scotche. Un petit bijou de littérature jeunesse autour duquel j’aurais plaisir à discuter avec les élèves ! Après ça, au lieu de lire, je construit les enclos pour mes vaches, mes poules, mes cochons et mes moutons multicolores sur minecraft… Je suis vachement contente, ils sont très bien, j’ai même fait des abris dans chacun d’entre eux ! Long story short, j’ai lu Eben en catastrophe hier soir, donc la veille de la rentrée. Ça s’est avéré être une très mauvaise idée, vu que c’est l’histoire tristement vraie d’un génocide en Namibie, et qu’émotionnellement il est violent. J’ai du rererererelire « Dad » pour me consoler. J’envisage de donner un mouchoir à chaque élève qui l’empruntera…

Bon, la morale de cette histoire, c’est que GTO gagne sur ma motivation professionnelle. Et qu’ensuite les promenades gagnent sur ma motivation professionnelle. Et que finalement minecraft gagne sur mon motivation professionnelle. Je suis mauvaise…
Et vous, vous gagnez un article de blog assez peu intéressant, mais j’m’en fiche, j’fais s’que j’veux d’abord ! (C’est fou la vitesse à laquelle la fréquentation d’ados déteint sur moi)

Postures de lecture

Quand je lève la tête de mon travail de bureau, que ce soit pour réclamer le calme, vérifier d’un coup d’œil le contenu d’une étagère ou m’étirer, j’ai toujours plaisir à regarder comment les élèves lisent leurs livres.

Il y a celui qui est assis sagement à une table, jambes croisées ou repliées sous la chaise pour les plus grands, souvent la tête posée dans la main et penché, sérieux, sur son livre. Il vit l’histoire avec sérieux et sagesse, complétement absorbé par ce qu’il imagine.

Il y a ce groupe, assis à une autre table qui s’agglutine autour d’un livre (souvent le Guinness World Records, ce qui constitue à mes yeux un mystère complet tellement je trouve l’ouvrage inintéressant) en train de commenter à voix basse (ou pas) la capacité d’un concurrent à mettre des pailles dans sa bouche. Dans le tas, il y a celui qui lit, ceux qui sont assis autour et  commentent, celui qui est en face et se met quasiment allongé sur la table pour mieux voir, celui qui passe et s’arrête par curiosité… C’est un groupe vivant qui partage ce qu’il ressent ! Parfois de manière trop brouillonne et agitée, mais qu’importe. Après tout, mon master en « chut » me permet de rétablir le calme avec brio !

Au niveau des BD aussi les élèves partagent. Pour commencer ils partagent souvent leurs fauteuils ! Et quand j’interviens pour empêcher le troisième de se mettre en travers des genoux des deux premiers, il s’assoit souvent par terre, à côté de ses amis. Là aussi, ça papote, ça chuchote, ça raconte l’histoire en même temps qu’elle est lue… Première lecture, deuxième lecture, soixante-douzième lecture, qu’importe ! L’appropriation passe par la connivence du groupe.

Mais mon préféré, c’est celui qui n’a pas eu de fauteuil, qui n’aime pas les tables… C’est celui qui s’assoit par terre. Concentré sur son livre, remuant régulièrement pour se réinstaller plus confortablement. Il recrée le cocon : sa position en bulle, le livre comme protection, sa vie et le texte s’unissent jusqu’à la prochaine sonnerie.

J’aime regarder les élèves lire ! Ils le font avec sérieux et en même temps une parfaite insouciance. Le problème vient au moment de ne garder que le sérieux et d’oublier (apparemment) l’insouciance… Quand lire devient un devoir, que la fantaisie est sujet d’analyse avant tout et que les mots arrêtent d’ouvrir des portes pour se transformer en barrières infranchissables.

Et arrêtons de psychoter parce que chouchou n’aime pas lire.

TOUS les enfants aiment lire. Et s’ils ne le savent pas encore, c’est qu’ils n’ont pas trouvé le bon livre !