Quand on reçoit des livres

CDI

 

Quand on reçoit des livres,
Tout l’monde s’rue au comptooooir
Pour admirer les livres
Qu’on vient juste de recevoooooooooir!

 

(Oui, bah, écrire des paroles valables, c’est un boulot à part entière !)

Chapitre 1 : L’élève est un animal monomaniaque

Scène 1
« Madaaaaaaaame, vous avez « Seuls » Tome 9 ??  »
« Non, cher petit, mais je le recevrai bientôt ! »
Scène 2
« Madaaaaaaaame, vous avez « Seuls » Tome 9 ?? »
« Non, mais je le recevrai bientôt. »
Scène 3
« Madaaaaaaaame, vous avez « Seuls » Tome 9 ?? »
« Non. »
Scène 4
« Madaaaaaaaame, vous avez « Seuls » Tome 9 ?? »
« Non, et l’auteur s’est crashé en avion avant de l’avoir fini !!! »
Scène 5
« Madaaaaaaaame, vous avez … »
« Non, bon sang, non ! Vous voulez quoi ? Que je fasse une dépression, c’est ça ?! Vous savez quoi ? Je vais changer de métier ! Je vais devenir nonne ! Et je mangerai plus que de la soupe toute ma vie ! Et ce sera de VOTRE FAUTE !! »
« Heu, mais moi je voulais juste savoir si vous aviez des livres sur les fantômes, parce que c’est bientôt halloween… Pardon… »
« Ah, hem… Je vais en recevoir un bientôt ! Et sinon, regarde, j’ai des livres sur le surnaturel sur cette étagère, à la cote 133″
« Ok, merci… Vous êtes sûre que tout va bien ? Vous êtes un peu pâle… »

Chapitre 2 : La vengeance est un plat qui se mange à n’importe quelle température

Toute guillerette j’étais en cette matinée d’automne, car je savais que j’allais recevoir ma commande de fin d’année. En effet, à 13h40 je passe chez mon gestionnaire, et deux lourds cartons m’attendaient ! Je retourne au CDI où s’ébattaient (bon, ils lisaient calmement en fait) les élèves en attendant que leurs cours reprennent. Je repère Mathis, Laura, Wassil, Léo, Mélissandre… Quelques uns des élèves qui ont répété à l’infini les premières scènes du chapitre 1. Je décide de passer à l’action.

« Hey, si ça vous intéresse, je viens de recevoir ma dernière commande ! Vous voulez voir tous les nouveaux livres du C.D.I. ?? »

**bruit de cavalcade**
**cartons à l’agonie**

« Haaaaaaaaaaaaan, madaaaaaaaaaame !! Vous avez pris les premiers tomes de Cherub !! »
« Oh, et là, un livre sur les bébés animaux de la forêt ! »
« Regarde !! Regarde !!! Un livre pour faire des cabanes ! Et un autre d’activités en plein air ! »
« Oh, trop bien !!!! Vous connaissez Chi !! J’ai les 10 premiers tomes chez moi ! C’est cool que vous en ayez pris pour le CDI ! »
« Je croyais qu’on avais déjà les Eragon… Han, l’assassin royal, trop bonne idée !! »
« En cours on étudie Mathilda, j’adore !! J’ai trop envie de lire Charlie et la Chocolaterie ! »
« C’est quoi ça ? A copier 100 fois ? C’est bien ?
« L’affaire Caïus je l’ai lu en 6ème, c’est nul ! »
« La Malédiction de l’épouvanteur ?! Ça a l’air génial ! »
« SEULS TOME 9 !!!! Oooooooooooooooooh !!!! Madame !!! MadameMadameMadameMadaaaaaaaaaame ! Je peux le lire s’il vous plait ?!! » x10
« Non, moi d’abord !! »
« Oh, je peux l’emprunter ? »
« Et moi le réserver pour après ??! »

*ricanement intérieur*

« Bien sûr chers élèves… Dés que je l’aurai enregistré et couvert ! »
« Qwaaaaaaaaaaaa ??? Mais… mais ? Vous allez le faire maintenant ? »
« Oui, je vais le faire vite, mais pour le moment aidez-moi à reposer tout ces livres sur le bureau pour que je puisse les cataloguer sur BCDI ! »
« Maintenant ?? »
« Non, je vais d’abord finir mon travail avec les revues, après je m’y mettrai. »
« Aaaaaaaaaaaaah, je veux la suiiiiiiiiite !! »
« Ah, il va falloir attendre, mais ne t’en fais pas ! La semaine prochaine ou celle d’après ce sera bon ! »
« Noooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon !!!!!! »

Chapitre 3 : Au final, ce sont tout de même les élèves qui gagnent

Aujourd’hui j’ai commencé mon catalogage. J’ai choisi les 10 premiers livres que je mettrais sur l’étagère des nouveautés avec beaucoup de soin. Le Zombillenium tome 1 qu’ils vont adorer, le premier Louca sur lequel mes petits fans de foot vont se ruer, le Journal d’Aurélie Laflamme pour cette élève qui m’a demandé si j’avais des « livres sous forme de journaux intimes de fille », le minuscule C’est ma chambre ! qui aidera à entrer dans la lecture les dyslexiques, L’apprenti Epouvanteur et L’Epouvantable Encyclopédie des Fantômes pour mes fanas de fantômes et d’histoires d’épouvante, A l’Ouest rien de nouveau pour les 3èmes qui doivent lire des livres sur la Grande Guerre… Et bien sûr, Seuls, neuvième du tome.

Au début tout s’est bien passé. J’ai cherché mes fiches sur moccam, les ai insérées sur BCDI en les corrigeant. J’ai fait les cotes sur ma titreuse toute nulle qui fait des espaces plus petits que les caractères, ce qui décale tout. J’ai imprimé des planches de code-barres et découpé ceux correspondant aux livres enregistrés pour les coller dessus. Bref, j’ai fait mon travail !
Ça s’est gâté quand, à 13h, j’ai commencé à couvrir les livres… Vous devinez ?

« Madame, c’est le dernier Seuls que vous couvrez ????!!!!! »
« On va pouvoir le lire ?! » »Enfin ! Moi en premier ! »
« Oui, enfin, du calme, quand j’aurais fini ! Je vais commencer par l’apprenti épouvanteur »
« Oh noooooooon, madame ! Hey, mais c’est quoi le site ouvert sur votre ordinateur ?! »
« C’est le forum d’un jeu en ligne où on est des rescapés d’une épidémie de zombies. Le but du jeu étant de survivre… »
« Madame, vous êtes une grosse geek en fait ?! »
« Hem… oh, en fait regarde ! Je fais Seuls en premier ! »
Le collectif élève : « Ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaais !!!!!!! \o/ « 

Résultat des courses : j’ai couvert Seuls en premier, et maintenant, il y a 3 élèves qui savent enfin QUI est l’enfant minuit ! Ce qui signifie qu’il m’en reste une centaine que je peux terroriser en les menaçant de spoiler la fin de cette partie… Mouhahahaha !

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De l’art de lire en vacances

Tous les documentalistes vous le diront : les vacances, c’est le moment d’avancer un peu sur sa liste de lecture jeunesse. Bien bien bien. Pas trop ambitieuse pour ces vacances d’octobre (mes préférées !), j’avais prévu petit, 4 livres pas trop épais choisis pour un concours de lecture local :

Tous les héros s’appellent Phénix / Nastasia Rugani
Ses Griffes et ses crocs / Mathieu Robin
Eben ou les yeux de la nuit / Elise Fontenaille-N’Diaye
Vibrations / Raphaële Frier

Délicieuses vacances… On part chez une amie pour la première semaine ! Après une journée à chercher des cèpes qui se sont avérés être des bolets baies (on se disait aussi qu’en trouver 20 comme ça, les doigts dans le n… les feuilles, en chantant du abba c’était étonnant), j’attaque le soir venu « Ses griffes et ses crocs » ! Prise par l’histoire, pleine de compassion pour ce pauvre Marcus et ses multiples tocs, angoissant de plus en plus pour ces deux familles qui doivent composer avec des éléments fantastiques dans cette effrayante forêt, je finis le livre d’une traite ! Le lendemain j’entame Eben quand soudain… Je vois dans la bibliothèque que mon amie a tous les GTO ! Bon, je les ai lus au lycée… Je me dis « oh, je vais relire le 1er par nostalgie… ». Donc j’abandonne Eben et je commence ma lecture. GTO 1, 2, 3… Vous le devinez, je lis les 10 premiers en quelques jours. Eben pleurniche sur ma table de chevet, mais impitoyable je poursuis mes mangas sans m’en soucier davantage.

La deuxième semaine, je rentre chez moi et achève les 15 GTO restants (empruntés à ma super potesse 🙂 en 2 jours. Une autre amie arrive ! Pleine d’entrain pour lui faire visiter mon petit coin de paradis, je délaisse mes livres et l’emmène dans des ruines médiévales, en forêt, dans des châteaux… Et j’abandonne mes livres sur mon pauvre Rast qui commence à être un brin surchargé (doux euphémisme). Heureusement, une nuit je me réveille à 5h du matin (yay) et entame « Vibrations », parce que cet ado qui me braque avec un portable me fait un peu pitié. Écriture simple, histoire simple, roman court mais sympathique, je le tombe en 1h, pile le temps que mon amie se réveille (les insomniaques associées). Franchement, se lever avant 9h en vacances, c’est dur !

Mon amie finit par repartir, pour me consoler je commence « Tous les héros s’appellent Phénix » qui me happe littéralement. L’histoire de ces deux sœurs brillantes, et de leur famille pas à la hauteur jusqu’à l’horreur me scotche. Un petit bijou de littérature jeunesse autour duquel j’aurais plaisir à discuter avec les élèves ! Après ça, au lieu de lire, je construit les enclos pour mes vaches, mes poules, mes cochons et mes moutons multicolores sur minecraft… Je suis vachement contente, ils sont très bien, j’ai même fait des abris dans chacun d’entre eux ! Long story short, j’ai lu Eben en catastrophe hier soir, donc la veille de la rentrée. Ça s’est avéré être une très mauvaise idée, vu que c’est l’histoire tristement vraie d’un génocide en Namibie, et qu’émotionnellement il est violent. J’ai du rererererelire « Dad » pour me consoler. J’envisage de donner un mouchoir à chaque élève qui l’empruntera…

Bon, la morale de cette histoire, c’est que GTO gagne sur ma motivation professionnelle. Et qu’ensuite les promenades gagnent sur ma motivation professionnelle. Et que finalement minecraft gagne sur mon motivation professionnelle. Je suis mauvaise…
Et vous, vous gagnez un article de blog assez peu intéressant, mais j’m’en fiche, j’fais s’que j’veux d’abord ! (C’est fou la vitesse à laquelle la fréquentation d’ados déteint sur moi)

Le classement c’est sexy

Quand on travaille au collège, en début d’année, on doit faire la désormais célèbre formation à la recherche documentaire aux 6ème. C’est pompeux hein… Pas étonnant que quand on les retrouve au CDI en 2nde au lycée, lors de la visite du lycée on demande candidement « qui a déjà appris à faire une recherche au CDI au collège ? » à ces élèves vifs et pleins d’entrain (ahahah… ah…) ils répondent SYSTEMATIQUEMENT « heu… non… ».
Bon.
Du coup, on rivalise d’imagination pour rendre ces cours inspirants et étonnants. Vidéos, jeux, parcours… Tout y passe ! Mais quoi qu’on fasse, faut bien admettre que la Dewey c’est pas très sexy. Hé non. Moi aussi je trouve ça dommage. Je sais pas, peut être un clip à la cascada rempli de bibliothécaires se trémoussant dans des cotes de toutes les couleurs sur une musique techno aiderait notre cause ? Quoi que là, mon pouvoir de visualisation me fait douter…

Pour en revenir aux 6ème, cette année j’ai décidé d’être sobre et la plus simple possible. J’ai commencé par expliqué la construction d’une cote de livres fictionnels. Fastoche : la première lettre du genre de livre suivi des trois premières lettres du nom de l’auteur. Genre Twilight sera classé généralement en « R MEY » pour Roman de Stéphanie MEYer. Après une demi heure à les faire venir au tableau pour construire les cotes de tous les exemples qui me passent par la tête en bande dessinée, poésie et autre. Après une demi heure à expliquer quatre fois que les revues n’ont pas de cotes parce que ce ne sont pas des livres. Après une demi heure à redire sept fois que les initiales d’un auteur et les trois premières lettres de son nom de famille sont deux choses différentes, il faut bien que je me résolve à passer au petit 2 de la leçon : le classement des livres documentaires.
Aïe.
La Dewey. Ce magma de chiffres m’est sympathique vu qu’on n’a pas à les multiplier, diviser, factoriser ou autre acte chirurgical mathématique barbare. Mais eux ne perçoivent pas encore très bien qu’un chiffre n’est pas forcément là pour emmerder le monde. Qu’il peut servir à autre chose qu’à se faire charcuter pour avoir une bonne note à leurs devoirs. Avec le temps, j’ai fini par comprendre que s’ils retiennent qu’ils peuvent regarder le petite fiche (présente dans tous les CDI dignes de ce nom) avec un mini rappel des 10 divisions de la Dewey et de leur couleur associée (qu’on met sur la cote) pour savoir sur quelle étagère ils trouveront les livres qui parlent d’équitation (en 700 bande de nouilles), je pourrais être fière de moi ! Je leur passe donc la dewey à la moulinette, d’abord je les place en position de bibliothécaire, comment faire pour ranger 89.574 livres documentaires qui parlent de choses aussi différentes que de chirurgie, de chevaux ou de l’Espagne ? Rapidement, et logiquement, ils proposent un classement par sujet avec une cote de type « D CHE » pour les livres sur les chevaux (toujours un gros succès en CDI). Là je les pousse un peu, je leur demande « oui, mais si vous avez aussi des livres sur les chèvres, des livres sur les cheveux, des livres sur les chenilles, des livres sur les chevalier… Comment vous faites pour que ce ne soit pas le bazar ?? ». En général ils proposent de rajouter les premières lettres du nom de l’auteur. Mais du coup ils réalisent vite que les livres de chevaux seront séparés, mélangés à ceux des chevaliers, des chenilles, des cheveux… Vous suivez ? Pas évident hein !
A ce moment en général j’interviens. Je leur dit qu’ils ont très bien réfléchi (et c’est vrai), et que c’est exactement à partir de tous les problèmes qu’ils ont soulevé que Melvil Dewey invente en 1876 sa classification à chiffre (non parce que si je leur dit « classification décimale » ils ouvrent des grands yeux et recommencent à manger leurs cheveux, du coup j’évite). Dans ce classement, chaque nombre corresponds à un sujet précis, et plus il y a de chiffres, plus c’est précis.
Un truc que j’aime bien faire à ce moment, c’est le « tour de magie Dewey » : je demande à celui qui a l’air le plus endormi d’aller chercher un livre documentaire au pif, de le montrer aux autres, et de me lire juste la cote. Je leur tourne le dos avec ma dewey, et je dois deviner de quoi parle le livre.
J’entends des petits rires…
« Alors… la cote c’est 155.3 ZEP !! »

Très professionnelle je réponds : « Alors, déjà 100 on a vu que ça correspondait à… bien Bastien ! La philosophie et la psychologie ! Avec mon livre qui répertorie toutes les cotes possibles, je peux vous dire que c’est un livre de psychologie qui parle de la sexualité ! Et comme les trois lettres du dessous sont ZEP, j’en déduis qu’il s’agit du « guide du zizi sexuel » écrit par l’auteur de Titeuf : Zep !! »
Applaudissements et fous rire dans la salle.
Une fois la leçon finie, je leur laisse 5 minutes pour ranger leurs affaires et bouquiner dans le CDI. La petite Léa se jette sur l’ouvrage sus-cité : « Je peux l’emprunter madame ?? ». Je lui tends le bouquin après l’avoir enregistré, contente que ça ait donné envie de lire à une gamine.

En fait non.
En trois secondes, dans la région des fauteuils 20 élèves l’entourent, et elle fait la lecture à haute voix à tous en leur montrant bien les images. Morts de rire qu’ils sont !Je sais pas pour la Dewey, mais au moins j’aurais donné envie de lire à 21 élèves aujourd’hui !

Mission accomplie 🙂

Postures de lecture

Quand je lève la tête de mon travail de bureau, que ce soit pour réclamer le calme, vérifier d’un coup d’œil le contenu d’une étagère ou m’étirer, j’ai toujours plaisir à regarder comment les élèves lisent leurs livres.

Il y a celui qui est assis sagement à une table, jambes croisées ou repliées sous la chaise pour les plus grands, souvent la tête posée dans la main et penché, sérieux, sur son livre. Il vit l’histoire avec sérieux et sagesse, complétement absorbé par ce qu’il imagine.

Il y a ce groupe, assis à une autre table qui s’agglutine autour d’un livre (souvent le Guinness World Records, ce qui constitue à mes yeux un mystère complet tellement je trouve l’ouvrage inintéressant) en train de commenter à voix basse (ou pas) la capacité d’un concurrent à mettre des pailles dans sa bouche. Dans le tas, il y a celui qui lit, ceux qui sont assis autour et  commentent, celui qui est en face et se met quasiment allongé sur la table pour mieux voir, celui qui passe et s’arrête par curiosité… C’est un groupe vivant qui partage ce qu’il ressent ! Parfois de manière trop brouillonne et agitée, mais qu’importe. Après tout, mon master en « chut » me permet de rétablir le calme avec brio !

Au niveau des BD aussi les élèves partagent. Pour commencer ils partagent souvent leurs fauteuils ! Et quand j’interviens pour empêcher le troisième de se mettre en travers des genoux des deux premiers, il s’assoit souvent par terre, à côté de ses amis. Là aussi, ça papote, ça chuchote, ça raconte l’histoire en même temps qu’elle est lue… Première lecture, deuxième lecture, soixante-douzième lecture, qu’importe ! L’appropriation passe par la connivence du groupe.

Mais mon préféré, c’est celui qui n’a pas eu de fauteuil, qui n’aime pas les tables… C’est celui qui s’assoit par terre. Concentré sur son livre, remuant régulièrement pour se réinstaller plus confortablement. Il recrée le cocon : sa position en bulle, le livre comme protection, sa vie et le texte s’unissent jusqu’à la prochaine sonnerie.

J’aime regarder les élèves lire ! Ils le font avec sérieux et en même temps une parfaite insouciance. Le problème vient au moment de ne garder que le sérieux et d’oublier (apparemment) l’insouciance… Quand lire devient un devoir, que la fantaisie est sujet d’analyse avant tout et que les mots arrêtent d’ouvrir des portes pour se transformer en barrières infranchissables.

Et arrêtons de psychoter parce que chouchou n’aime pas lire.

TOUS les enfants aiment lire. Et s’ils ne le savent pas encore, c’est qu’ils n’ont pas trouvé le bon livre !

Des paroles

Chers amis,

Dans un C.D.I. (le lieu, pas le contrat !), il se passe toujours des choses drôles pour qui sait regarder. Pour peu que le lieu ne soit pas une prison, que je sois dans de bonnes dispositions et que je puisse écouter d’une main en travaillant d’une oreille.

Il était environ 10h, j’étais à mon bureau en train de lire un article très intéressant sur la procrastination (oh, ironie) quand j’entends deux petites cinquièmes rire d’un air un peu gêné. Je lève la tête, elles cachent un cahier, leur table est remplie de stylos et de papiers. Un garçon, à côté d’elles, insiste :

-Alleeeez, c’est bon, faites moi lire ! Je dirais rien !
– Non, lache-nous, c’est pas prêt, et puis on veut pas !

Héroïquement (et parce que c’est mon travail), j’interviens :

-S’il te plait, je crois que tes camarades (j’aime bien ce mot, c’est mon petit côté Arlette) n’ont pas très envie que tu regarde ce qu’elles font. Laisse les tranquille, reprends ta bd !

C’est un gentil gamin, sans plus insister il laisse les filles en leur faisant un sourire qu’elles lui rendent, encore gênées, mais par mon intervention cette fois. Je reprends mon article, mais remarque que les filles me jettent des coups d’œils. Je leur souris pour les inviter à me parler si elles en ont envie. Finalement, la plus blonde des deux vient me voir :

-Madame vous avez déjà été amoureuse ?
-Oui.
-Vous êtes en couple ?

Intérieurement je jubile qu’elle ne me demandent pas si j’ai « un copain ». Peut être que l’hétéronormalisation se meurt… Enfin !

-Oui…
-Qu’est ce que vous ressentez quand vous le voyez ?!

Oula…

-C’est une question très personnelle ça ! Je pourrais savoir pourquoi tu me la pose ?
-Bah, c’est parce qu’on a monté un groupe avec Justine (non, ce ne sont pas les vrais prénoms !) et qu’on essaie d’écrire des paroles…
-C’est chouette ça ! Vous allez faire quel type de musique ?
-Plutôt pop rock.
-D’accord ! Par contre, je ne peux pas répondre à ta question, surtout que si vous voulez écrire de bonnes paroles, il faut que vous partiez de vos propres émotions, de vos expériences personnelles !
-Tant pis…
-Par contre je peux vous aider à trouver des livres qui parlent d’amour !

Lueur d’excitation dans leurs yeux…

Elles ont choisi twilight. Et emprunté le dico des filles…

M’en fiche, un emprunt, c’est toujours une victoire de la lecture et de la curiosité !

Et toc !