Le fabuleux destin des TZR

pprosopopee_16_jargon
Merci au professeur prosopopée pour ce dessin !

 

  Je suis professeur documentaliste TZR. L’éducation nationale adore les sigles… Celui ci signifie que je suis Titulaire d’une Zone de Remplacement. En gros, je suis une remplaçante quoi.

Être TZR, c’est souvent compliqué. On remplace des collègues parfois très loin de chez soi ; par exemple une fois j’ai eu un remplacement de 6 mois à 1h30 de chez moi sans aucun transport en commun, donc voiture obligatoire. On rentre dans l’espace de travail de quelqu’un d’autre et il faut alors trouver le délicat équilibre entre respect de ce qui a été mis en place en terme d’organisation et de pédagogie, et ses propres habitudes et intérets. J’ai choisi. Je suis un bâton de dynamite. En même temps, j’arrive régulièrement dans des CDI sinistrés informatiquement, où la gestion de l’espace est aberrante, ou encore où les collections n’ont jamais été désherbés. Parfois, c’est tout à la fois. Dans ces cas là, pas d’autre choix que de se retrousser les manches et de se mettre à bosser sur tous les plans à la fois ! Boum !

  Boum ! Les romans pas désherbés depuis 20 ans, ouste ! On enlève, on trie, on fait respirer ! Enlever plus pour voir mieux !

  Boum ! Les documentaires poussiéreux sur l’installation de windows 98, ou sur la science médicale, plus à jours et tout moches ! On en fait des découpages pour récupérer les images !

  Badaboum ! Les étagères posées n’importe comment ! Je dévisse, je désarticule et je déplace ! Et j’enverrai la facture du kiné à l’éducation nationale un jour…

  Boum encore la gestion de base de données, on reprends à zéro et on fait des changements à la louche ! Boumboum les animations trop rodées, testons d’autres choses ! Boumboumboum les idées reçues sur le métier ! Boumboumboumboum, I want you in my CDI !

 

  Mais le vrai souci quand on est TZR, c’est de ne pouvoir conduire de projets que sur du très court terme, alors que le cœur du boulot d’un professeur documentaliste, c’est d’accompagner pédagogiquement les élèves tout au long de leur scolarité. Ils vont changer des professeurs et de salles en français, en maths, en langue, en science… Mais le C.D.I. est un lieu qui ne bougera presque pas (tant que je n’y suis pas :p ), et où ils reviendront régulièrement pour apprendre des notions transversales. Faire des débats, aiguiser leur esprit critique, participer à des animations vidéoludiques, et que sais-je encore. La seule limite est notre imagination éthique et responsable !

  J’attends impatiemment de pouvoir faire mon travail. De ne plus être qu’un bâton de dynamite, et de devenir enfin un vrai professeur documentaliste. Y’aura du boulot, mais pour la première fois depuis que j’ai passé le concours, ce sera le mien ! J’ai hâte 🙂